Laura Cahen

"Elle se décrit comme une éponge à sentiments, se nourrissant de la vie des autres, de films et aussi de livres, qui peuvent connaître d’amples répercussions dans son monde intérieur, si elle est émue. Quand elle écrit, elle part d’un mot ou d’une image et déroule le fil de ses sensations jusqu’à écrire un texte entier, dont à la fin elle découvre stupéfaite qu’il parle avec netteté de ce qu’elle est en train de vivre, et d’elle : ainsi, pas intellectuelle pour deux sous mais plutôt sensitive, instinctive, inquiète et un peu animale, un animal inoffensif et un peu triste, Laura Cahen ne part jamais du sens mais y aboutit, dans la forme finale des chansons qu’elle a écrite. Et cette forme finale est souvent puissante, elle vous emporte dans ses élans comme si chacune était une promesse de libération et qu’au bout, au bout de la chanson, au bout du voyage mélodique, visuel et vocal, au dénouement des sensations qu’elle sait créer, l’auditeur enivré serait sauvé.
Quand elle chante, la voix de Laura Cahen est singulière et attachante, avec une forte identité : elle s’arrondit par le fond, comme un récipient clair, cristallin, se terminant en goutte, en ample goutte. Vous voyez ce que je veux dire ? Peut-être pas. Alors disons une voix claire, aigüe et haute, avec en même temps une profondeur cuivrée qui apparaît au fond de certains mots, une dimension organique de fanfare, avec des cuivres, des trompettes, une grosse caisse, des cymbales, en plein air, sous un ciel de printemps. Il y a dans sa voix quelque chose de gracile qui se rappelle de Barbara in extremis et la convoque juste avant que le mot prononcé ne s’évapore dans l’atmosphère sous l’arrivée du suivant. Il y a dans sa tessiture quelque chose de tout juste arrivé, de frais, de cru, mais avec dedans du très ancien, des échos d’opérette, des résurgences de transistor, de 78 tours, de gramophone ancestral, et c’est ce que j’aime, personnellement, dans la voix de Laura Cahen, qui finalement est aussi profonde et habitée, venue de loin, que son vertigineux regard nocturne."

Eric Reinhardt, écrivain