Nevché

Nevchehirlian s’affirme aujourd’hui aux yeux de tous comme l’une des figures émergentes de la chanson militante. Si loin si proche de Georges Moustaki, Jean Ferrat ou encore Léo Ferré. Ce qui surgissait en flashes aux coins d’une écriture flirtant continuellement avec l’abstraction, apparaît ici dans une nudité vertigineuse.
Si la violence anticapitaliste des textes de Prévert présentés dans son précédent album (écrits pour la plupart au cours des années 30) permet de redécouvrir le poète préféré des Français, Frédéric Nevchehirlian évite « de se donner à voir comme le chevaleresque porte étendard des opprimés d’ici et d’ailleurs, stigmatisant le vieux monde à coup de refrains vengeurs, et ne verse à aucun moment dans l’ornière du militan­tisme bêlant. Il détache mots et notes comme un boxeur décoche ses coups, et il frappe juste et sec.

Une extrême sobriété est en effet ce qui, avant toute chose, caractérise Le Soleil brille pour tout le monde ?– sobriété perceptible dans la diction, la plus neutre possible, autant que dans l’instrumen­tation, aussi subtile que vibratile» (Jérôme Provençal, Mouvement, janvier 2012).
C ’est précisément dans cette parole nue, porteuse d’un lyrisme authentique, que tient la modernité de Nevchehirlian : restituer la force de l’engagement le plus pur sans sacrifier à une pose, qu’elle soit morale ou artistique.
On comprend donc pourquoi ce groupe est soutenu depuis plusieurs années par les Francofolies de La Rochelle et Les Primeurs de Massy. Il incarne désormais l’émergence d’un courant musical issu du «slam» et que l’on peut qualifier de poésie rock un courant qui agrandi avec la pop anglo-saxonne (LouReed, Patti Smith...), l’avant garde de la chanson et du rock français (Dominique A, Diabologum, Noir Désir), mais se détourne sans hésiter des « cadavres sublimes et encombrants sur lesquels se repose la poésie » ou des « bons sentiments, de la démagogie et de l’indigence» que recèle souvent la chanson française.

Mais inutile de chercher du cynisme dans son refus de la pose, l’engagement de Frédé­ric Nevchehirlian est depuis longtemps inscrit dans le réel. Son parcours indépendant est au diapason de ses créations : depuis sa vie de prof de français organisant les premières scènes Slam de Marseille, à l’aventure du groupe Vibrion, et aux expérimentations poésie rock de son premier album « Monde Nouveau Monde Ancien», il n’a cessé de partager sa passion pour l’écriture et la musique. Il égrène dans l’anonymat aussi bien les ateliers au sein de collèges classes ZEP, les prisons ou encore les hôpitaux psychiatriques que les créations pluridisciplinaires accueillies par l’élite culturelle française (Fondation Royaumont, Scène Nationale de Martigues, Festival d’art lyrique d’Aix en Provence...).
De projet en projet, Frédéric a décidé de s’associer à d’autres musiciens et opérateurs cultu­rels implantés dans sa région (Provence Alpes Côte d’Azur). Début 2012, il devient membre fondateur de la coopérative culturelle Internexterne, et en 2015 artiste associé à la scène nationale du Merlan dirigé par Francesca Poloniato.

Un artiste qui allie les dires et les faits. Un être multiple, sans complexe.